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dimanche 1 mai 2011

Raison

« Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l’être. Les autres, n’ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir? »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 92

L'hyène en nous

« Tout acte flatte l’hyène en nous. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 83

Fiction

« Ce qui irrite dans le désespoir, c’est son bien-fondé, son évidence, sa « documentation » : c’est du reportage. Examinez, au contraire, l’espoir, sa générosité dans le faux, sa manie d’affabuler, son refus de l’évènement : une aberration, une fiction. Et c’est dans cette aberration que réside la vie, et de cette fiction qu’elle s’alimente. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 75

Fantoches clairvoyants

« III. – Nous avons tous goûté au mal de l’Occident. L’art, l’amour, la religion, la guerre, – nous en savons trop pour  y croire encore ; et puis, tant de siècles s’y usèrent ... L’époque du fini dans la plénitude est révolue ; la matière des poèmes? exténuée. – Aimer? la racaille même répudie le « sentiment ». – La piété? Fouillez les cathédrales : ne s’y agenouille plus que l’ineptie. Qui veut encore combattre? Le héros est périmé ; seul le carnage impersonnel a cours. Nous sommes des fantoches clairvoyants, tout juste propres à faire des simagrées devant l’irrémédiable.
            L’Occident? Un possible sans lendemain. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 71

Lucidité

« Le préjugé de l’honneur est le fait d’une civilisation rudimentaire. Il disparaît avec l’avènement de la lucidité, avec le règne des lâches, de ceux qui, ayant tout « compris », n’ont plus rien à défendre. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 68

Sans le savoir

« Si une seule fois tu fus triste sans motif, tu l’as été toute ta vie sans le savoir. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 57

S'amuser ou s'engourdir

« Vient l’heure où le sceptique, après avoir mis tout en question, n’a plus de quoi douter ; et c’est alors qu’il suspend pour de bon son jugement. Que lui reste-t-il ? S’amuser ou s’engourdir, – la frivolité ou l’animalité. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p.47

L'insoluble affectif

« Qu’il y ait ou non une solution aux problèmes cela ne trouble qu’une minorité ; que les sentiments n’aient point d’issue, ne débouchent sur rien, se perdent en eux-mêmes, voilà le drame inconscient de tous, l’insoluble affectif dont chacun souffre sans y réfléchir. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 39

Concevoir

« Rien ne dessèche tant un esprit que sa répugnance à concevoir des idées obscures. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 24

Non-sens

« Les modes d’expression étant usés, l’art s’oriente vers le non-sens, vers un univers privé et incommunicable. Un frémissement intelligible que ce soit en peinture, en musique ou en poésie, nous semble à juste titre désuet et vulgaire. Le public disparaîtra bientôt : l’art le suivra de près.
            Une civilisation qui commença par les cathédrales devait finir par l’hermétisme de la schizophrénie. »

Cioran, E.M. Syllogismes de l’amertume. Éditions Gallimard, Collection Idées, 1952 p. 14