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jeudi 27 septembre 2012

Infidélité


« Il reste qu’il y a beaucoup de fausseté dans des considérations qui partent du sujet, dans la mesure même où la vie n’est plus qu’apparence. Comme en effet, dans la phase présente de l’évolution historique, l’objectivité massive du mouvement en cours réside en ce qui n’est encore qu’une dissolution du sujet – sans que déjà s’en soit dégagé un sujet nouveau – l’expérience individuelle prend nécessairement appui sur le sujet ancien, condamné par l’histoire, qui est encore pour soi mais qui n’est plus en soi. Un tel sujet croit encore être assuré de son autonomie, mais le néant que les camps de concentration ont infligé aux sujets atteint maintenant la forme même de la subjectivité. Il y a quelque chose de sentimental et d’anachronique dans la réflexion subjective, quand bien même elle retourne sa propre critique contre elle-même : quelque chose qui est de l’ordre d’une lamentation sur la marche du monde, et cette lamentation n’a pas lieu d’être récusée au nom de la bonté du monde mais parce que le sujet risque ainsi de se figer dans l’état où il se trouve (Sosein) et d’en venir à confirmer lui-même cette loi du monde. La fidélité à son propre niveau de conscience et d’expérience a constamment la tentation de dégénérer en infidélité, en refusant de voir ce qui transcende l’individu et d’appeler par son nom ce qui en fait la véritable substance. »

Adorno, Theodor W. Minimalia Moralia. Petite bibliothèque Payot, Paris, 1951. p. 10